Le present continuous
un participe présent, pas un temps à part
La présentation habituelle donne une formule — sujet + be + verbe-ing — et une traduction : « être en train de ». Elle fonctionne, mais elle laisse deux questions sans réponse. Pourquoi cette forme sert-elle aussi à parler de ce qui va se produire ? Et en quoi diffère-t-elle du -ing que l'on rencontre ailleurs ? Les deux réponses tiennent dans la nature du mot en -ing.
Le -ing est un adjectif
Le participe présent est une forme verbale qui se comporte comme un adjectif : il porte la nuance du verbe, mais s'emploie exactement comme un adjectif ordinaire. Il n'a rien d'une catégorie exotique.
À partir de là, la structure du present continuous se lit sans difficulté. Be introduit un attribut du sujet — c'est son rôle habituel — et cet attribut se trouve être un participe présent. La phrase suit donc le même schéma que n'importe quelle phrase construite avec be.
Autrement dit, ce que l'on apprend comme « présent progressif » est une phrase attributive dont l'attribut est un participe présent. Il n'y a pas de mécanisme nouveau à retenir.
D'où vient la valeur d'immédiateté
Le participe présent exprime ce qui est en cours à l'instant même, avec une impression d'élan. C'est cette énergie qui fait toute la valeur de la forme.
Et c'est aussi ce qui explique un emploi qui déroute au premier abord : le participe présent peut désigner ce qui vient. Le français connaît le même glissement dans « j'y vais » ou « je le fais », prononcés avant que l'action ne commence. L'élan est tel qu'il déborde sur l'instant suivant.
Cette valeur se retrouve d'ailleurs dans la façon dont l'anglais parle du futur : pour un futur très proche, la forme en -ing est employée, sans passer par will ni par be going to.
Gérondif ou participe présent ?
La forme en -ing recouvre en fait deux emplois distincts, que l'orthographe ne sépare pas.
| Nom | Fonctionne comme | Position dans la phrase |
|---|---|---|
| Gérondif | nom | il occupe une place de nom dans la phrase |
| Participe présent | adjectif | il qualifie, comme n'importe quel adjectif |
La distinction est utile parce qu'elle explique des constructions qui, autrement, paraissent arbitraires. Un gérondif peut occuper une place de sujet ou de complément, puisqu'il vaut pour un nom. Un participe présent ne le peut pas : sa place est celle d'un adjectif.
Le même participe ailleurs
Une fois le mécanisme identifié, on le reconnaît dans d'autres constructions. Les combinaisons entre temps, auxiliaires et participes sont libres, et le participe présent y garde toujours le même rôle.
| Has he been working all day? | perfect + participe présent — l'activité se poursuit-elle ? |
| Has he been sleeping? | même construction, autre verbe |
Ces formes sont traitées en détail dans l'article sur le prétérit et le present perfect, où la continuité constitue l'une des trois valeurs du perfect.
Et le participe passé ?
Le raisonnement vaut symétriquement. Le participe passé est lui aussi un adjectif porteur d'une nuance verbale, et lui aussi peut s'employer comme attribut après be. Cette construction porte un nom particulier : le passif.
Là encore, il ne s'agit pas d'une structure nouvelle mais de la même phrase attributive, avec un participe passé à la place d'un participe présent. Le passif obéit toutefois à des conditions d'emploi précises, ce qui n'est pas le cas du participe présent.